Le président ivoirien Alassane Ouattara, 83 ans, a officiellement annoncé sa candidature à un quatrième mandat lors d’une allocution solennelle. Cette déclaration relance le débat sur la démocratie en Côte d’Ivoire, la validité des réformes constitutionnelles de 2016 et l’exclusion de plusieurs figures majeures de l’opposition.
Le contexte politique et constitutionnel
En 2016, la Constitution ivoirienne a été révisée afin de créer une Troisième République. Cette réforme a permis de “remettre les compteurs à zéro”, autorisant ainsi le président Ouattara à briguer de nouveaux mandats.
Déjà candidat en 2020 grâce à cette disposition, il avait promis qu’il ne se représenterait plus après ce mandat. Pourtant, il a justifié sa nouvelle décision par “un devoir national” face à une conjoncture qu’il juge instable.
“Je me porte candidat à l’élection présidentielle du 25 octobre 2025 pour poursuivre l’œuvre de transformation de notre pays et garantir sa stabilité.” – Alassane Ouattara
Un climat démocratique sous tension
L’annonce de cette candidature intervient alors que plusieurs grandes figures de l’opposition ont été exclues du processus électoral. Parmi elles :
- Tidjane Thiam, écarté pour des questions de nationalité
- Laurent Gbagbo, ancien président, frappé par des interdictions judiciaires
- Charles Blé Goudé, dont la réhabilitation politique reste contestée
Ces exclusions alimentent des soupçons sur une stratégie d’isolement politique orchestrée par le pouvoir en place. Certains dénoncent un processus électoral biaisé, limitant la compétition démocratique.
Les justifications avancées par Ouattara
Le président a mis en avant plusieurs raisons pour justifier sa candidature :
- La sécurité nationale, notamment face aux menaces terroristes dans le nord du pays
- Le besoin de continuité économique, avec une croissance estimée à 6,3 % en 2025
- La nécessité de préserver les équilibres sociaux et institutionnels
Ouattara a également insisté sur les risques liés à une transmission de pouvoir “non préparée”, suggérant que son retrait pourrait provoquer une instabilité.
Des réactions contrastées
Du côté du parti présidentiel RHDP, cette annonce a été saluée comme un gage de stabilité et d’expérience. En revanche, de nombreux acteurs de la société civile et des organisations de défense des droits humains dénoncent un recul démocratique.
Certains craignent une répétition du scénario de 2020, marqué par un boycott électoral, des violences post-électorales et un affaiblissement du pluralisme politique.
Quels enjeux pour l’élection du 25 octobre 2025 ?
Plusieurs défis attendent le pays à l’approche du scrutin :
- La participation citoyenne, dans un climat de défiance
- La liberté d’expression, avec une presse sous pression
- L’observation internationale, notamment celle de la CEDEAO et de l’Union africaine
- Le rôle des jeunes et de la diaspora, deux groupes électoraux stratégiques
L’économie ivoirienne, bien que dynamique à Abidjan, reste marquée par des inégalités régionales. La question de la redistribution et des politiques sociales pèsera fortement dans le débat présidentiel.
Conclusion
La candidature d’Alassane Ouattara pour un quatrième mandat ouvre une nouvelle séquence politique incertaine en Côte d’Ivoire. Entre désir de stabilité, fatigue démocratique et montée des tensions, les mois à venir seront cruciaux pour l’avenir du pays.
La question essentielle demeure : cette élection renforcera-t-elle la légitimité des institutions, ou marquera-t-elle une nouvelle fracture entre le pouvoir et une partie de la population ?
Ibrahim Traoré Burkina Faso
29 juillet 2025[…] 🇨🇮 Côte d’Ivoire : Alassane Ouattara annonce sa… […]